Food Low Tech, une nouvelle approche de la restauration ?

Ces dernières années, les jeunes pousses de la FoodTech se placent comme une réponse aux enjeux de la restauration de demain. Mais la Low Tech, une approche plus durable et accessible de tous, serait-elle compatible avec notre filière ? Réflexions.

Non, la FoodTech n’est pas la panacée. Même quand elle se dit Tech for Good. Certes, la technologie offre une réelle opportunité pour les professionnels de la restauration, en termes de développement, de marketing, de chaîne de valeurs même. 

D’après le FoodDigitalLab :

La FoodTech est un écosystème qui réunit entreprises et startups de l’industrie agro-alimentaire (de la production à la distribution) qui innovent sur les produits, la distribution, le marché ou le modèle économique.

Elle promet donc aux entreprises d’innover, d’améliorer les services et les produits, de booster la prospérité, d’augmenter l’expérience client, etc.

Pour autant, nous semble-t-il, qu’on y mette du sens et de la responsabilité

Que la FoodTech réponde aussi aux objectifs de développement durable, ce qui n’est pas toujours le cas

Mais alors, quelle différence avec la Low Tech ?

La Low Tech, encore très peu appliquée par le secteur de la Food, se définit par FuturaSciences comme étant :

Un ensemble de technologies utiles, durables et accessibles à tous. […] Avec une approche durable, elle creuse durablement un fossé avec le high-tech qui ne prend pas compte généralement le respect de l’environnement. […] elle privilégie un savoir-faire commun et plus proche de l’humain.

Autrement dit, posons-nous la question : la Food Low Tech pourrait-elle être une nouvelle approche de la restauration, plus responsable et accessible à tous, permettant à chacun d’être le changement de demain ?

La FoodTech : entre insectes et licornes

En Europe, l’écosystème de la Food Tech est en plein boom. Grâce – ou à cause – de la pandémie, des nouvelles manières de consommer et d’expérimenter la Food, ce sont plus de 9 milliards d’euros investis dans les startups européennes en 2021, soit 3 fois plus qu’en 2020. 

En zoomant sur la France, on s’aperçoit qu’elle a attiré 10% des investissements dans la Food Tech au niveau européen. Pas moins de 860 millions d’euros investis, donc. Cet article de la Dépêche nous précise tout de même qu’en France, c’est l’agriculture du futur qui est principalement financée – avec un focus, comme pour l’entreprise Toulousaine Micronutris, sur la production d’insectes à destination de l’alimentation animale. 

Micronutris qui pourrait d’ailleurs rejoindre le club très prisé des licornes – à savoir ces entreprises non cotées en bourse qui sont valorisées à plus d’un milliard de dollars. En 2021, ce sont 7 nouvelles startups de la FoodTech qui sont passées sous le statut d’animal légendaire. Comme quoi, le secteur porte. 

Mais la FoodTech est-elle une Good Tech ?

Pour faire simple, la Good Tech est un ensemble de concepts qui associent technologie et mieux vivre, avec l’assurance d’un impact direct sur l’individu et la société. En résumé, on pourrait dire que la Good Tech voit en la technologie l’instrument du bien commun de demain. Ce n’est donc pas seulement la technologie au service du profit.

La Good Tech concerne tous les domaines, tant les enjeux environnementaux et sociétaux sont nombreux. C’est sans doute pour cela que c’est un état d’esprit qui habite aussi, de plus en plus, les acteurs du secteur de la restauration. 

La FoodTech peut correspondre à cette définition, dans le sens qu’elle apporte innovation et créativité au secteur de la restauration. Cependant, il n’est pas nécessaire que ces nouvelles technologies soient respectueuses de l’environnement ou ne serait-ce que durables.

Ainsi, peut-on affirmer que la FoodTech est une Good Tech, si l’on ne se place pas dans la perspective de répondre aux besoins actuels, tout en préservant le monde de demain ?

Certes, les restaurants qui misent sur les outils de la FoodTech veulent mieux produire, mieux distribuer, mieux répondre aux attentes de leurs clients… Mais les plus vigilants pointent du doigt le manque d’engagement éco-responsable et craignent aussi que la technologie ne soit qu’au service de l’activité humaine, et au détriment de la biodiversité ; de déshumaniser la relation client, précisément. 

Or ce n’est pas le cas.

Comme le disait Michel Bras à notre micro :

Michel Bras Guestonline

« La technique doit être au service de la cuisine. »

– Michel Bras, Maison Bras, Laguiole (12)

Good is Good : mais pour qui ?

Selon nous, c’est un impératif : la technologie doit être bénéfique au restaurateur, au client et à l’écosystème dans l’ensemble. Cela veut dire qu’elle doit aussi prendre en compte la chute de la biodiversité, les pollutions, le réchauffement climatique, la déforestation, la raréfaction des ressources naturelles — eau, énergie et matières …

Pour autant, prendre en compte ces enjeux majeurs de la société, au niveau de son entreprise, peut parfois sembler être comme entreprendre le combat constant entre Sisyphe et son rocher. Mais faut-il encore rappeler que Rome ne s’est pas construite en un jour, et que le désert du Sahara se déplace, grain de sable après grain de sable ? 

Ce qui est “good”, dans le quotidien, ce sont les outils qui, en plus de vous aider de manière organisationnelle, ont une valeur ajoutée pour votre rentabilité, tout en ayant un impact positif sur votre écosystème.

Prenons en compte le prépaiement ou l’empreinte bancaire : certes, ce sont des manières de “sécuriser” une rentrée d’argent. Mais pas seulement. On évite les no-shows, et, en cascade, le gaspillage alimentaire

À ce titre, il est intéressant de se poser également sur la double définition de “rentabilité”. La première est celle que l’on connaît tous : “qui donne un profit, un bénéfice intéressant, qui est lucratif”. La seconde, à ne pas oublier, est : “qui vaut la peine qu’on se donne, qui est fructueux”.

Food Low Tech = Good ?

L’innovation technologique peut fournir des réponses aux enjeux du secteur de la restauration. Mais elle ne peut supplanter les défis profondément humains. Contre la High Tech ou innovation technologique de rupture et à tout prix, cette autre approche, plus frugale, de Food Low Tech, s’attache à exploiter des ressources renouvelables et à miser sur les liens sociaux. Comme nous avons voulu le faire avec notre opération En place. C’est donc cette Low Tech qui nous semble être la voie la plus douce et la plus raisonnée pour paver l’innovation de notre filière. 

Même nous, éditeurs d’une solution logicielle, nous ne misons pas tout, aveuglément, sur la technique. Nous savons que la technique n’est jamais neutre. Et nous réfléchissons toujours, dans notre démarche globale, à tendre vers une approche basse technologie (Low Tech). Parce que nous savons que notre écologie est de plus en plus contrainte.

Humain, terrien

L’humain avant tout. Ça peut paraître un peu bullshit de le dire comme ça, mais parfois les mots simples sont les meilleurs. En réfléchissant à une approche Food Low Tech, une Good Tech qui soit en faveur de nos besoins tout en respectant notre présent, notre passé et surtout notre futur, on peut s’accorder à dire que le bénéfice final nous reviendra. Mais pas de manière égoïste : “nous”, les Terriens, les humains qui sans planète, ne seraient rien.  

Camille Delamar Écotable

« Si on se place dans un futur plus responsable, l’idée serait de consommer moins, mais mieux. »

– Camille Delamar, co-fondatrice Écotable

Reformulons : si la Food Tech promet fidélisation, expérience client, optimisation des coûts, innovation des services et produits, elle doit nécessairement être aussi une Low Tech afin d’agir pour le bien commun — viser un moindre impact sur l’environnement et aider à la transformation digitale d’une filière visionnaire, mais aussi responsable, durable. La Food Low Tech serait donc un pilier de modèles vertueux, comme la perma-entreprise.

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